Il est monnaie courante qu'aujourd’hui nos politiques aient un compte Twitter.
Certains live-tweetent leurs
meetings, d’autres taclent en cent quarante signes les petits camarades du camp
adverse. Pour quelques-uns c’est un moyen de promouvoir leurs interventions
dans les différents médias : « Je serai demain à 07h30 sur.... »
ou de se faire un peu de pub pour le dernier pavé que personne ou presque ne lira.
Et puis il y a Nadine Morano
et Christine Boutin.
Deux phénomènes à part dans la
twittosphère.
L’une comme l’autre sont
spécialistes des sorties lunaires et font les belles heures des twittos jamais
en panne de facéties.
La dernière sortie de
Christine Boutin, surtout lorsque l’on connait ses prises de positions, m’a un
peu fait sourire.
On lui dit @christineboutin pour Gide ? pic.twitter.com/bEKe8iKBEZ
— José Defrançois (@Defrancoisjose) 9 Octobre 2014
Tiens, juste pour le bonheur
des yeux, un court extrait de Si le grain ne meurt d’André Gide :
J’attendis !
J’admire aujourd’hui ma constance… Mais était-ce bien la curiosité qui me
retenait ? Je ne sais plus. Le motif secret de nos actes, et
j’entends : des plus décisifs, nous échappe ; et non seulement dans
le souvenir que nous en gardons, mais bien au moment même. Sur le seuil de ce
que l’on appelle : péché, hésitais-je encore ? Non ; j’eusse été
trop déçu si l’aventure eût dû se terminer par le triomphe de ma vertu – que
déjà j’avais prise en dédain, en horreur. Non ; c’est bien la curiosité
qui me faisait attendre… Et je vis son rire lentement se faner, ses lèvres se
refermer sur ses dents blanches ; une expression de déconvenue, de
tristesse assombrit son visage charmant. Enfin il se leva :
« Alors,
adieu », dit-il.
Mais,
saisissant la main qu’il me tendait, je le fis rouler à terre. Son rire
aussitôt reparut. Il ne s’impatienta pas longtemps aux nœuds compliqués des
lacets qui lui tenaient lieu de ceinture ; sortant de sa poche un petit
poignard, il en trancha d’un coup l’embrouillement. Le vêtement tomba ; il
rejeta au loin sa veste, et se dressa nu comme un dieu. Un instant il tendit
vers le ciel ses bras grêles, puis, en riant, se laissa tomber contre moi. Son
corps était peut-être brûlant, mais parut à mes mains aussi rafraîchissant que
l’ombre. Que le sable était beau ! Dans la splendeur adorable du soir, de
quels rayons se vêtait ma joie !…
Cependant
il se faisait tard ; il fallait rejoindre Paul. Sans doute mon aspect
portait-il la marque de mon délire, et je crois bien qu’il se douta de quelque
chose ; mais, comme, par discrétion peut-être, il ne me questionnait pas,
je n’osai lui raconter rien.