jeudi 14 avril 2016

Un ciel par jour (ou presque) : 14 avril 2016

« Une façon d’écrire le temps. »
                              Claire Roig

jeudi 14 avril 2016 15h06

jeudi 7 avril 2016

Un ciel par jour (ou presque) : 07 avril 2016

« Une façon d’écrire le temps. »
                              Claire Roig

jeudi 07 avril 2016 15h48

lundi 4 avril 2016

Un ciel par jour (ou presque) : 04 avril 2016

« Une façon d’écrire le temps. »
                              Claire Roig

lundi 04 avril 2016 15h20

mardi 1 mars 2016

les draps du rire



....
Faudrait plus y penser
Facile
Fermer le livre
L’abandonner au hasard sur une étagère
Laisser la poussière se déposer, lentement
L’oublier
Mais c’est plus fort que moi, je sais qu’il est là
Et puis zut !
« Quoi zut ? Tu écris encore cette histoire ? Tu as repris le livre de tout le mal ? »
Six heures, encore deux heures de nuit. Encore deux heures à épuiser. Une cigarette après l’autre, attendre les premières lueurs. Les grands arbres sanglants là-bas dans le loin du jardin.
Deux heures de rien.
J’ai essayé
Tu sais bien A. que j’ai essayé
Essayé d’oublier le frôlement des pas
Essayé d’oublier le bruit des clefs
Essayer d’oublier
« Oublier ? »
Oui, oublier les cris la nuit
Oublier le grand aplat jaune
Comme une obsession, jusqu’à la brûlure, fixer ce coin de mur
« C’est loin tout ça maintenant ! Reviens ! »
Détailler chaque grain de ciment, sentir l’explosion de lumière derrière les paupières chargées de sel
« Arrête maintenant ! »
Une cigarette après l’autre
Une manie de là-bas
Deux heures de temps, deux heures de rien.
Les pires heures
Ecouter l’autour s’éveiller
Deux heures encore avant d’enfiler le costume de l’autre
Si tu savais A. comme j’ai peur encore, peur de ne plus savoir.
« De ne plus savoir ? Mais de quoi as-tu peur ? »
De ne plus savoir vivre, de ne plus savoir rire
                                                                   ....

(Texte initialement publié chez @Rixilement dans le cadre des Vases Communicants de février 2016)

vendredi 5 février 2016

22.32

Le tiers livre et scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de « vases communicants » : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
La liste des participants de ce mois et la recension de l’exercice sont établies maintenant par eclectante, qui succède à Angèle Casanova, après la gestion d’anthologie qui en fut réalisée par Brigitte Célérier.
Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir d’accueillir Danielle Masson tandis qu’elle a la gentillesse de publier mon texte sur sa page.


21.02
Mary va s’inquiéter.
Je devrais être déjà rentré à la maison.
Mais il y a toujours à faire… au dernier moment.
Le dernier client est arrivé à 19.45, le précédent était passé à 16.32.


Comment cela, je suis précis.
Oui très précis. Je vois si peu de clients, chaque jour, à la station.
Je note tout sur mon petit carnet.
Celui-là a une couverture avec Caliméro dessus. Un cadeau de mon petit-fils. « Pour que tu n’oublies rien, Papy ».
Ce n’est pas par peur d’oublier que je note tout, c’est pour écrire un roman.
Non, plutôt une histoire sur les gens qui viennent ici.
Ceux de passage, ceux qui viennent toujours le même jour de la semaine, ceux dont j’ai connu le père ou la grand-mère.

J’en aurais des choses à raconter.

Mais revenons à aujourd’hui.
Il est maintenant 21.43 et je suis encore à la station.
Pourquoi vous demandez-vous. Un peu de patience.
Normalement, je ferme toujours à 20.00 précises, après avoir relevé le compteur des trois pompes rouges. Il le faut, car nous sommes très surveillés, nous les pompistes. C’est au gallon près.


Et je ne suis qu’un employé.
D’accord, depuis quarante ans, je m’occupe de cette station.

Au début, je servais les clients avec un mot gentil pour chacun d’eux.
Je lavais leur pare-brise, vérifiais le niveau d’huile, la pression des pneus.

J’étais aux petits soins pour les clients de la station 32, juste à la sortie du village.

Je les connaissais presque tous par leurs prénoms.

Maintenant, ils se servent eux-mêmes, me regardent à peine en me tendant leur carte de paiement. J’aimerais pourtant engager la conversation ou leur dire juste bonjour ou merci ou au revoir.

Ils ne me voient même pas.

Et ce soir, vous ne devinerez jamais… juste au pied du présentoir de bidons d’huile… un couffin avec un petit ange aux cheveux noir ébène.

Je n’ai vu personne le déposer… je n’ai rien entendu…
Et si c’était mon dernier client, celui dont la voiture avait les vitres fumées…

Je ne me souviens même plus de son visage.
C’est vrai qu’il cherchait à m’éviter mais il faut que je me souvienne.

J’ai appelé le poste de police mais personne ne pouvait venir tout de suite. Il fallait attendre. Heureusement, le bébé dormait comme si de rien n’était.

Je devrais être depuis presque deux heures à la maison.
Mary va s’inquiéter.
Il est 22.32.