samedi 15 février 2014

Les magiciens du samedi.

Je me suis réveillé tout de travers ce matin. Le corps endolori, les bras, les jambes en papier mâché, la voix enrouée d’avoir une fois encore trop fumé hier. Tout grognon aussi. Fichue vieille carcasse....

Je me suis réveillé tout de travers ce matin, premier café noir pour essayer de chasser les restes de brume, et de repenser à ce chiffre qui m’a poursuivi une partie de la journée d’hier. 

35

Je suis là à ronchonner, au chaud, humant le doux parfum du café frais qui se répand gentiment dans la maison, en reprendre une tasse encore et penser à eux.

Ils sont 35.

Ils étaient.

35, quasiment un mort par jour. 35, le nombre de personnes disparues depuis le début de l’année, abimées par la rue, détruites petit à petit, effacées de nos villes. Des invisibles partis rejoindre d’autres ombres.

Bordel, ce n’est pas gai par ici ce matin ! Pas vraiment non plus le ton des « magiciens du samedi ». Bah ! Il y a des jours comme ça, tu te réveilles un peu fracassé, atteint d’un syndrome encéphalorectal si aigu que même la troisième tasse de café n’arrive pas à détricoter tes neurones embrouillés.  Et puis tu as une flemme immense. La journée va s’étirer comme un long trottoir un jour de pluie têtue.

Il y quelques jours mon camarade Petit Louis avait illustré un de ses billets avec le fameux Nougayork. Tilt ! Nougaro ira allonger la liste des magiciens du samedi.

Flemme oblige, je reprends in extenso le commentaire que j’avais laissé chez lui :

1987, une claque immense à la première écoute de ce Nougayork, je m'en souviens encore parfaitement. K7 à peine achetée et dépouillée de son emballage plastique, une saleté de machin si difficile à ôter....Une fois le rectangle de plastique glissé dans le Walkman, m'engouffrer dans la rame de métro, direction les lieux de mon écolage. Arriver à Pont de Bois, rembobiner encore, écouter encore. Une autre claque m'attendait mais je ne le savais pas encore. C'est une autre histoire.


En recherchant la vidéo de Nougayork, j’ai remis la main sur un autre titre qui m’avait tiré quelques frissons il y a bien longtemps. La magie opère toujours.

Je vous laisse écouter ce grand bonhomme.

samedi 8 février 2014

Ils sont devenus fous.

Photo : AFP / Thierry Zoccolan
J’avais oublié.

C’était l’autre matin, un de ces matins ordinaires de semaine. Près du bistrot qui m’accueille chaque jour, je laisse traverser un gamin, treize ou quatorze ans, pas plus. Ce satané mioche, tout en traversant la rue du plus lentement qu’il pouvait m’a adressé une quenelle bien appuyée. Genre « tu vois vieux con je t’ai obligé à stopper pour me laisser passer ».

J’ai bien failli descendre de la bagnole. J’ai hésité un court instant entre l’envie de lui balancer une paire de tartes et celle de le tancer. J’ai finalement laissé tomber. A quoi bon.

J’aurais du cependant descendre de voiture, pas pour lui mettre la baffe qu’il méritait mais pour essayer de comprendre ce qui avait motivé son geste, essayer de tirer au clair ce qu’il avait voulu me signifier.

Je reste persuadé que cet ado n’a agit que par mimétisme, que dans cette gestuelle qu’il a reproduite il n’y avait pas cette autre symbolique.

Phénomène inquiétant tout de même.

J’avais oublié cette anecdote jusqu'à ce que Juan relaie une information du Parisien. Des ânes ont pris la pose, bras tendu vers le bas, une main à hauteur d’épaule dans les ruines de l’église d’Oradour-sur-Glane.

Sans doute vaudrait-il mieux passer sous silence cet acte odieux, sans doute vaudrait-il mieux ne pas donner à ces décérébrés le plaisir de la publicité.

Sans doute.

On est loin de ce gamin croisé dans la rue. Ces deux jeunes hommes savaient ce qu’ils étaient en train de faire, ces deux jeunes hommes connaissaient la valeur symbolique des lieux qu’ils étaient en train de souiller.

François Hollande, Joachim Gauck et Robert Hébras ; un des derniers survivants du massacre ; étaient en septembre dernier à Oradour-sur-Glane sur les lieux mêmes qui ont servi de cadre à la mise en scène de nos deux lascars. On peut s’interroger sur une autre portée de ce geste, auraient-ils eut l’esprit suffisamment torturé pour s’adresser au Président par delà l’histoire ?

Quoiqu’il en soit, une enquête est ouverte. Des sanctions tomberont peut-être.

Il nous faut être vigilants chaque jour. Il nous faudra peut-être parfois descendre de voiture.

Ne pas laisser faire. 

Les magiciens du samedi.


Un aimable twitto me faisait remarquer dans la semaine que « Ouais, bof, tes magiciens du samedi....».  Sur le coup, ce tweet reçu m’avait, comment dire....contrarié. Les minutes passant, j’oscillai entre déception et colère.

Mais pour qui donc se prend ce mec ? Venir critiquer mon choix de Jean-Louis Aubert ! Mais fais donc un billet andouille ! Donne nous à entendre tes préférences !

(C’est qu’il ne devient pas très commode ce petit bonhomme en grandissant !)


Préférences.

On parle de quoi ? De musique. Forcément de choix tout sauf objectifs. Tu vois ce truc des goûts et des couleurs ? On aime un truc, on veut le donner à entendre, à voir à la terre entière.

Bon d’accord, quand un de mes billets fait 150 vues c’est champagne, quand un autre fait 300 je commence à envisager de danser nu dans la rue sous la pluie (ben oui, quand je danse nu dans la rue il pleut forcément, n’oublie pas que c’est le Nooord ici, la pluie fait partie du quotidien), à 700 je te laisse imaginer.... alors de là à ce qu’un de mes billets « musique » devienne prescripteur il y a un fossé aussi grand que la distance qui sépare notre vieille Europe des Amériques.

Et puis tu vois, ici il n’y a que de vieux machins, des morceaux que j’écoute depuis des années, des notes qui m’accompagnent tout au long de cette lente descente. Des machins qui souvent me font dresser les poils sur les bras, accélérer le pouls. 

Tu le sens aussi parfois ce petit frisson ?

Curieux pouvoir de ces virtuoses du manche, je peux passer des heures à regarder les doigts agiles glisser sur les cordes, certaines notes égrenées me plongent parfois dans un état proche de la stupéfaction, un temps hors du temps, je deviens sourd au monde. Rien ne compte plus que la magie qui s’opère.

1987

The Joshua Tree

Je me souviens de la claque immense reçue cet après-midi là, propulsé instantanément sur une autre planète. Le rock venait de changer d’époque, le début d’une exploration d’autres possibles.

Les quatre premières notes de « Where the streets have no name », résonnent pour toujours, reconnaissables entre toutes. Prélude à un bonheur sans cesse renouvelé.


Les magiciens du samedi.

samedi 1 février 2014

Les magiciens du samedi.


Juste pour aujourd’hui on va dire que j’ai à nouveau quinze ou seize ans. Tu te souviens de ce temps ? Celui des mobs, des cafés crème qui durent des heures, des parties de baby foot dans l’arrière salle du troquet.

C’était chez Milou, une institution ce bistrot, j’y ai passé des journées entières. C’était chez nous, le taulier, pour peu que tu saches dire bonjour, te fichait la paix, sa femme allait même jusqu’à nous faire à manger parfois, des repas que nous prenions dans la cuisine, tranquille. Voilà que je ne parviens pas à me souvenir de son prénom. Fichue mémoire qui s’en va....

Ces années là, les années Téléphone. Magique. J’ai usé mes oreilles à les écouter. Face au comptoir, le juke-box. Milou le laissait à notre disposition pour y mettre ce que nous avions envie d’écouter. Je me demande aujourd’hui si en nous laissant libres ce n’était pas à lui qu’il faisait plaisir.

J’aurais pu retrouver quelques vidéos du groupe tel qu’il était dans ces années-là. Pas envie. Je garde en tête quelques vieilles images qui commencent à pâlir, à se mélanger. Le flou de la mémoire qui s’installe peu à peu.

Pas envie non plus que le groupe se reforme, pourquoi faire ?

Il y a quelques années, j’avais réussi petit à petit à me procurer quasiment tous les albums en cd, je me baladai toujours avec dans la bagnole. Deux toxicos abrutis m’ont cassé la voiture une nuit, m’ont tout piqué ces cons. J’ai su plus tard qu’ils avaient éparpillé ma collection dans les champs cette nuit là.... Misère.

Bon on arrête là avec ces souvenirs.

Plutôt que de revoir Corine, Louis, Richard et Jean-Louis ensemble, j’ai choisi ce matin une autre époque. Jean-Louis poursuit son chemin en compagnie de Richard. Avec eux, de jeunes musiciens. Parmi eux, un jeune guitariste m’a particulièrement tapé dans l’œil. Thomas Semence a cette sorte d’élégance, cette décontraction qui me fascinent chez les musiciens. Et que dire de l’énergie de Richard Kolinka et des baguettes qui virevoltent entre ses doigts.

Des magiciens. Les magiciens du samedi.