| dimanche 16 février 2014 14h09 |
dimanche 16 février 2014
samedi 15 février 2014
Les magiciens du samedi.
Je me suis réveillé tout de travers
ce matin. Le corps endolori, les bras, les jambes en papier mâché, la voix
enrouée d’avoir une fois encore trop fumé hier. Tout grognon aussi. Fichue
vieille carcasse....
Je me suis réveillé tout de travers
ce matin, premier café noir pour essayer de chasser les restes de brume, et de
repenser à ce chiffre qui m’a poursuivi une partie de la journée d’hier.
35
35
Je suis là à ronchonner, au chaud,
humant le doux parfum du café frais qui se répand gentiment dans la maison, en
reprendre une tasse encore et penser à eux.
Ils sont 35.
Ils étaient.
35, quasiment un mort par
jour. 35, le nombre de personnes disparues depuis le début de l’année, abimées
par la rue, détruites petit à petit, effacées de nos villes. Des invisibles
partis rejoindre d’autres ombres.
Bordel, ce n’est pas gai par
ici ce matin ! Pas vraiment non plus le ton des « magiciens du samedi ».
Bah ! Il y a des jours comme ça, tu te réveilles un peu fracassé, atteint
d’un syndrome encéphalorectal si aigu que même la troisième tasse de café n’arrive
pas à détricoter tes neurones embrouillés.
Et puis tu as une flemme immense. La journée va s’étirer comme un long
trottoir un jour de pluie têtue.
Il y quelques jours mon
camarade Petit Louis avait illustré un de ses billets avec le fameux Nougayork.
Tilt ! Nougaro ira allonger la liste des magiciens du samedi.
Flemme oblige, je reprends in
extenso le commentaire que j’avais laissé chez lui :
1987,
une claque immense à la première écoute de ce Nougayork, je m'en souviens
encore parfaitement. K7 à peine achetée et dépouillée de son emballage
plastique, une saleté de machin si difficile à ôter....Une fois le rectangle de
plastique glissé dans le Walkman, m'engouffrer dans la rame de métro, direction
les lieux de mon écolage. Arriver à Pont de Bois, rembobiner encore, écouter
encore. Une autre claque m'attendait mais je ne le savais pas encore. C'est une
autre histoire.
En recherchant la vidéo de
Nougayork, j’ai remis la main sur un autre titre qui m’avait tiré quelques
frissons il y a bien longtemps. La magie opère toujours.
Je vous laisse écouter
ce grand bonhomme.
mercredi 12 février 2014
lundi 10 février 2014
samedi 8 février 2014
Ils sont devenus fous.
| Photo : AFP / Thierry Zoccolan |
J’avais oublié.
C’était l’autre matin, un de
ces matins ordinaires de semaine. Près du bistrot qui m’accueille chaque jour,
je laisse traverser un gamin, treize ou quatorze ans, pas plus. Ce satané
mioche, tout en traversant la rue du plus lentement qu’il pouvait m’a adressé
une quenelle bien appuyée. Genre « tu vois vieux con je t’ai obligé à
stopper pour me laisser passer ».
J’ai bien failli descendre de
la bagnole. J’ai hésité un court instant entre l’envie de lui balancer une
paire de tartes et celle de le tancer. J’ai finalement laissé tomber. A quoi
bon.
J’aurais du cependant
descendre de voiture, pas pour lui mettre la baffe qu’il méritait mais pour
essayer de comprendre ce qui avait motivé son geste, essayer de tirer au clair
ce qu’il avait voulu me signifier.
Je reste persuadé que cet ado
n’a agit que par mimétisme, que dans cette gestuelle qu’il a reproduite il n’y
avait pas cette autre symbolique.
Phénomène inquiétant tout de
même.
J’avais oublié cette anecdote jusqu'à
ce que Juan relaie une information du Parisien. Des ânes ont pris la
pose, bras tendu vers le bas, une main à hauteur d’épaule dans les ruines de l’église
d’Oradour-sur-Glane.
Sans doute vaudrait-il mieux
passer sous silence cet acte odieux, sans doute vaudrait-il mieux ne pas donner
à ces décérébrés le plaisir de la publicité.
Sans doute.
On est loin de ce gamin croisé
dans la rue. Ces deux jeunes hommes savaient ce qu’ils étaient en train de faire,
ces deux jeunes hommes connaissaient la valeur symbolique des lieux qu’ils
étaient en train de souiller.
François Hollande, Joachim Gauck
et Robert Hébras ; un des derniers survivants du massacre ; étaient
en septembre dernier à Oradour-sur-Glane sur les lieux mêmes qui ont servi de
cadre à la mise en scène de nos deux lascars. On peut s’interroger sur une
autre portée de ce geste, auraient-ils eut l’esprit suffisamment torturé pour s’adresser
au Président par delà l’histoire ?
Quoiqu’il en soit, une enquête
est ouverte. Des sanctions tomberont peut-être.
Il nous faut être vigilants
chaque jour. Il nous faudra peut-être parfois descendre de voiture.
Les magiciens du samedi.
Un aimable twitto me faisait remarquer dans la semaine que « Ouais,
bof, tes magiciens du samedi....». Sur
le coup, ce tweet reçu m’avait, comment dire....contrarié. Les minutes passant, j’oscillai entre déception et colère.
Mais pour qui donc se prend ce mec ? Venir critiquer
mon choix de Jean-Louis Aubert ! Mais fais donc un billet andouille !
Donne nous à entendre tes préférences !
(C’est qu’il ne devient pas très commode ce petit bonhomme
en grandissant !)
Préférences.
On parle de quoi ? De musique. Forcément de choix tout
sauf objectifs. Tu vois ce truc des goûts et des couleurs ? On aime un
truc, on veut le donner à entendre, à voir à la terre entière.
Bon d’accord, quand un de mes billets fait 150 vues c’est
champagne, quand un autre fait 300 je commence à envisager de danser nu dans la
rue sous la pluie (ben oui, quand je danse nu dans la rue il pleut forcément, n’oublie
pas que c’est le Nooord ici, la pluie fait partie du quotidien), à 700 je te
laisse imaginer.... alors de là à ce qu’un de mes billets « musique »
devienne prescripteur il y a un fossé aussi grand que la distance qui sépare
notre vieille Europe des Amériques.
Et puis tu vois, ici il n’y a que de vieux machins, des
morceaux que j’écoute depuis des années, des notes qui m’accompagnent tout au
long de cette lente descente. Des machins qui souvent me font dresser les poils
sur les bras, accélérer le pouls.
Tu le sens aussi parfois ce petit frisson ?
Curieux pouvoir de ces virtuoses du manche, je peux passer
des heures à regarder les doigts agiles glisser sur les cordes, certaines notes
égrenées me plongent parfois dans un état proche de la stupéfaction, un temps
hors du temps, je deviens sourd au monde. Rien ne compte plus que la magie qui
s’opère.
1987
The Joshua Tree
Je me souviens de la claque immense reçue cet après-midi là,
propulsé instantanément sur une autre planète. Le rock venait de changer d’époque,
le début d’une exploration d’autres possibles.
Les quatre premières notes de « Where the streets have
no name », résonnent pour toujours, reconnaissables entre toutes. Prélude
à un bonheur sans cesse renouvelé.
Les magiciens du samedi.
samedi 1 février 2014
Les magiciens du samedi.
Juste pour aujourd’hui on va
dire que j’ai à nouveau quinze ou seize ans. Tu te souviens de ce temps ?
Celui des mobs, des cafés crème qui durent des heures, des parties de baby foot
dans l’arrière salle du troquet.
C’était chez Milou, une
institution ce bistrot, j’y ai passé des journées entières. C’était chez nous,
le taulier, pour peu que tu saches dire bonjour, te fichait la paix, sa femme
allait même jusqu’à nous faire à manger parfois, des repas que nous prenions
dans la cuisine, tranquille. Voilà que je ne parviens pas à me souvenir de son
prénom. Fichue mémoire qui s’en va....
Ces années là, les années
Téléphone. Magique. J’ai usé mes oreilles à les écouter. Face au comptoir, le
juke-box. Milou le laissait à notre disposition pour y mettre ce que nous
avions envie d’écouter. Je me demande aujourd’hui si en nous laissant libres ce
n’était pas à lui qu’il faisait plaisir.
J’aurais pu retrouver quelques
vidéos du groupe tel qu’il était dans ces années-là. Pas envie. Je garde en
tête quelques vieilles images qui commencent à pâlir, à se mélanger. Le flou de
la mémoire qui s’installe peu à peu.
Pas envie non plus que le
groupe se reforme, pourquoi faire ?
Il y a quelques années,
j’avais réussi petit à petit à me procurer quasiment tous les albums en cd, je
me baladai toujours avec dans la bagnole. Deux toxicos abrutis m’ont cassé la
voiture une nuit, m’ont tout piqué ces cons. J’ai su plus tard qu’ils avaient
éparpillé ma collection dans les champs cette nuit là.... Misère.
Bon on arrête là avec ces souvenirs.
Plutôt que de revoir Corine,
Louis, Richard et Jean-Louis ensemble, j’ai choisi ce matin une autre époque.
Jean-Louis poursuit son chemin en compagnie de Richard. Avec eux, de jeunes
musiciens. Parmi eux, un jeune guitariste m’a particulièrement tapé dans l’œil.
Thomas Semence a cette sorte d’élégance, cette décontraction qui me fascinent
chez les musiciens. Et que dire de l’énergie de Richard Kolinka et des baguettes qui virevoltent entre ses doigts.
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