Découvrir peu à peu tous ces
magiciens du manche (Non, non Laurent aucune connotation de quelque nature que
ce soit....)
Passer des heures enchantées à
contempler les mains agiles, les doigts glisser sur les cordes. Hypnotisé, le
casque vissé sur les oreilles oublier l’alentours l’espace d’un morceau.
Damn right, I’ve got the blues
....
La source jamais tarie d’un
bonheur sans cesse renouvelé.
Je sais, je crois que j’ai
déjà donné ce morceau lors d’une des saisons précédentes. Peu importe, en
fouillant un peu ce matin, je suis à nouveau tombé dessus. L’émotion est
intacte. Plus prégnante encore maintenant que B.B. King nous a quitté.
Un des dieux du manche.
Il y a aussi autre chose dans
ces quelques minutes de musique : de l’amitié, du plaisir de jouer
ensemble.
J’aime ça, cette complicité
quand les notes rassemblent.
« Je ne sais pas ce qui est beau, mais je sais ce que
j'aime et je trouve ça amplement suffisant. »
Si tu me suis sur Twitter, tu as sans doute remarqué cette
citation de Boris Vian qui figure en bonne place dans ma bio.
Un peu facile sans doute comme présentation, mais elle est
là depuis mes débuts sur le réseau, pourquoi en changerai-je maintenant ?
Et puis c’est tellement moi, des emballements, des coups de
cœur pour des trucs parfois improbables. Tel ce film, par exemple, un film sur
le temps. Pas le temps qui ennuie, mais celui qui repose.
Un film de David Lynch sorti, je crois, en 1999. Un film
qui raconte la traversée d’une partie de l’Amérique par un vieil homme juché
sur une tondeuse ; son seul moyen de transport ; pour aller rejoindre
son frère malade avec lequel il est fâché depuis des années.
Je me souviens des rires, de l’incompréhension de mes
camarades d’alors. Un mec qui traverse l’Amérique sur une tondeuse.... « T’as
de ces idées tout de même ! » J’ai laissé dire.
« Une histoire vraie », une histoire de
rencontres aussi. Touchantes, souvent.
Des symboles aussi. Ainsi ce fagot de petits bois que l’on
ne peut briser. Je ne vais pas revenir sur les mois que je viens de passer. Je
sais seulement que, seul, je ne serai pas parvenu à me relever.
Je m’égare, j’étais venu ici pour te parler musique. Et puis
deux ou trois cafés/clopes plus tard j’ai digressé. Pas grave, j’ai le temps.
Cela faisait un moment que je n’avais pas pensé à eux. Je
suis allé voir, comme ça, au hasard des clics.
Ils ont vieilli, nous avons vieilli aussi. Un truc
inéluctable auquel j’ai un peu de mal à me résoudre tant mes préoccupations
restent celles d’un homme encore jeune. Et pourtant je dois bien me rendre à l’évidence,
le poids des années s’accumule. Chaque minute vécue est une minute de moins.
Il me reste cependant tant à faire, à voir, à lire, à entendre.
Et toujours cette envie sourde de laisser une trace.... Écoutons Simple Minds
Illustration : Dorothea Renault : http://dorothearenault.com/blog/
Au petit matin, entr’apercevoir
furtivement une petite robe rouge tourner le coin de la rue. Imaginer quelques
possibles....presser le pas....trop tard, la belle disparue.
Aux terrasses des bistrots les
verres ruissellent de fraîcheur et là, juste à la table d’à côte, une jeune femme, un glaçon au bord des lèvres semble t’inviter à venir le cueillir
délicatement.
Et cet air, chaud, lourd, qui
invite à la « sieste », les volets mi-clos, dans la douce pénombre de
cette après-midi d’été, contempler les rais de lumière habiller le corps délivré.
Effleurer du bout du doigt les courbes et les creux ; la nuque tendue
frissonne sous la caresse des lèvres.
Les corps mêlés goûtent la
saveur salée d’une heure d’abandon.
Sous
les fenêtres le bruissement de la ville s’estompe.
Pas d’histoire ce
matin, juste le partage d’un coup de cœur pour une jeune femme : Jeanne Added
Je l’avais découverte il y a
bientôt deux ans au travers d’un échange avec @detoutderien.
A l’époque il s’agissait d’un
duo avec Rachid Taha, un grand moment.
C’est aussi l’histoire d’un
joli moment d’amitié par delà les réseaux que je n’ai pas oublié.
Le petit écureuil avait eut la gentillesse de m’envoyer un CD des meilleurs morceaux de
Taha. Un CD qui est toujours dans la voiture, il accompagne les retours tardifs
quand la journée a été épuisante. Une sorte de sas, un passage entre deux
mondes. Allez, zou on revient au présent.
J’aime beaucoup ces ambiances
un peu intimes, un studio, deux ou trois musiciens, l’impression d’être un peu
privilégié. Musique !
Il est encore un peu tôt, la
maison sommeille encore, je parcours quelques pages de Proust au hasard. Mon
regard glisse sur les mots connus. Imagine, trente ans au moins depuis ma première
rencontre avec ce texte, un plaisir toujours intact. Et puis le dernier
chapitre que je me refuse d’aborder, une idée saugrenue, je sais....
Un long temps passé à prendre
le doux du matin sur la terrasse, laisser l’esprit vagabonder au hasard, le
regard un peu flou écouter le village s’éveiller. La tasse de café à portée de
main, la fumée bleue d'une cigarette oubliée dessine des arabesques incertaines qui lentement montent et s’évanouissent dans l'air tendre
J’avais vaguement promis que mon prochain billet serait un
peu plus gai que le précédent....
.... Et puis....
Et puis de clic en clic j’ai retrouvé ce morceau.
Je suis là, tranquille, la fée à mes côtés, quelques
regards échangés, complices. Pas forcément besoin de mots.
Elle ne sait pas encore ce qui me tourmente ce soir.
Je vois un bout de trottoir gris, aride, quelques cartons
entassés, des rues que seul le vent habite. L’orange des lampadaires n’est
qu’une illusion, des soleils froids. L’abri illusoire d’un hall d’immeuble, le
froid du béton qui glace la peau et les os.
Il n’y aura plus d’autre matin.
Un invisible vaincu par le temps. Peu à peu les traces de sa
vie vont s’effacer. Seulement quelques échos qui se perdent dans le bruissement
immense de la ville.