Alors que d'ordinaire je suis plus enclin
à écouter et à contempler les mains sur les cordes des guitares, pour une fois
on va changer radicalement d’univers.
Se plonger dans le monde de la
nuit, un monde saturé de basses puissantes, de lumières psychédéliques. Une
foule bigarrée, un univers un peu décalé où le paraître compte presque autant
que l’être. Un monde que j’ai beaucoup fréquenté il y a....de nombreuses
années. Il m’en reste quelques teinture et notamment ce morceau que j’aime à
réentendre de temps en temps. Une sorte d'hommage aussi au fiston qui passe la majeure partie de ses nuits à s'user les doigts sur les platines.
Un vieux théâtre perdu au fond
d’une ruelle sombre.
Les néons de l’affiche peinent
à percer la brume de la touffeur de cette nuit d’été. Juste le halo rougeâtre
qui se reflète sur le pavé qu’une averse soudaine a rendu gras. L’air épais,
immobile après l’ondée, pèse sur la nuit. Un peu plus loin, les quais, vides,
noirs.
Ce soir encore, ils ne seront
que quelques spectateurs à affronter la centaine de mètres de cette rue perdue
dans le bruissement immense de la ville. Ils savent quelle pièce s’y joue.
Une pièce ?
Ils savent que ceux qui jouent
là ne sont que des écorchés. Cracheurs de feu, cracheurs de mots. Des mots qui
cinglent, des mots qui disent la douleur, des mots qui vrillent. Le graillon
des voix âpres transperce l’espace, saisit aux tripes dans le silence
assourdissant de la salle. Chaque mot, chaque phrase est une lame qui glace les
échines.
Conteurs sortis de nulle part,
ils disent la violence d’être des effacés. Des oubliés. Ils disent la rue, les
galères, les réveils brutaux quand jetés à la rue sans pitié il ne leur reste
plus que l’abri incertain d’une encoignure de porte pour épuiser la fatigue.
La nuit avance, des silhouettes
rares font les cents pas devant la porte à tambour du théâtre. A chaque passage
la lumière crue les éclaboussent un instant révélant le rouge violent des
lèvres, le noir charbonneux des yeux que les nuits hasardeuses creusent chaque
fois un peu plus.
Elles préfèrent être habillées
d’ombre, là où est encore l’illusion.
La grande ville va les absorber
peu à peu, bientôt elles ne seront plus que traces dans quelques mémoires.
Traces monnayées d’un moment d’oubli. Des solitudes mêlées qui hurlent entre
des murs anonymes. La faible lumière jaune de l’unique ampoule au plafond
accentue la pauvreté des chairs offertes. Les regards se détournent, cherchent
derrière les vitres sales les prémices de l’aube salvatrice.
Après l’abandon, elles écoutent le
premier métro qui charrie sa cargaison d’autres solitudes.
Plus loin, juste sous le pont,
l’eau noire du fleuve, presque immobile, berce les rêves d’un homme. Un invisible.
Recroquevillé sous quelques journaux, réfugié dans un demi-sommeil, il attend
un autre matin.
Tôt, il secouera la poussière de la nuit, remontera les
quelques marches, poussera la barre de cuivre de la porte du bistrot qui l’accueille
chaque jour. La parole rare, il s’accordera quelques minutes de répit en dehors
du temps. Le sac qui contient toute sa vie, le peu qui lui reste, est posé à
ses pieds. Tout à l’heure il le jettera sur son épaule et reprendra sa marche,
marcher encore. Toujours. Marcher pour se sentir vivant malgré tout. Là, au bout
du zinc, muet, inaccessible aux autres clients, le regard plongé dans le noir
de la tasse posée devant lui, il s’est refusé une fois encore le doux du sucre.
Comme une autre punition.
Juste l’amer du mauvais café.
Il plonge la main dans
la poche de sa veste, en sort une vieille boîte cabossée, quelques feuilles. Ses
doigts malhabiles que le froid a rendus gourds essaient de rouler une première
cigarette.
Ces vidéos traînent dans ma
machine depuis des années, elles me rappellent les longues chevauchées que nous
faisions plus jeunes. Des fous furieux qui alignaient des centaines de bornes
par tous les temps. Des bouffeurs de bitume. Et puis, plus tard, nous avons
abandonné la route pour les chemins, des sorties dont revenions
méconnaissables, boueux des pieds à la tête, seuls les yeux protégés par les
lunettes nous faisaient ressembler à des ratons-laveurs.
Une drogue intense : le
besoin irrépressible de la douleur, de l’effort. La tête qui commande au corps.
Toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus extrême. L’adrénaline née
des descentes périlleuses. Des perfusions de folie pure.
Loin sans doute de cet univers
urbain, de ces amateurs de fixies et de raids nocturnes. Peu importe, nous sommes de la même famille.
- Dis @FCB c’est quoi ce
bouzin dont tout le monde parle ? Z’appellent
ça la #radiodesblogueurs ! T’en as entendu causer toi dans le poste ?
- Pour sûr que j’en ai entendu
causer ! Paraît même que ça fait un tabac chez les araignées !
- Chez les araignées ?
- Ouais m’sieur ! Chez
les araignées !
- T’avais encore mal réglé ton
sonotone j’suis sûr !
- Tu sais ce qu’il te dit mon
sonotone ! Est-ce que je te parle de tes chicots en plastique moi ?
- La #radiodesblogueurs !
Encore une invention des cent mille diables ! A-t-on idée de faire écouter
de la musique à des araignées. Deviennent fous ma parole !
- Paraitrait qu’y’a des
fermiers qui mettent de la musique pour leurs vaches, pourquoi pas pour
les araignées ?
- D’abord t’as entendu ça où
toi ?
- Je l’ai pas seulement
entendu, je l’ai lu aussi dans l’Indicateur !
- Tu parles ! T’y vois
pas plus clair qu’un vieux corniaud !
- Vieux corniaud ! Remets
moi plutôt un coup de blanc et file moi ce journal.
- Y z’écrivent là-dedans que c’est
un jeune gars, un @lolobobo, ou un blaze du genre qu’aurait inventé ça. C’est
au plafond qu’il doit l’avoir l’araignée ! Encore un qu’a siphonné trop de
pinard !
- ‘Cré vin diou ! Mais c’est
que t’as ben raison mon @FCB ! T’avais ben les yeux en face des trous pour
une fois ! Ce p’tit gars, le @lolobobo, il a bien inventé une radio qui
émet sur la toile ! - Ah ! T'as vu ! Siffle donc ton godet et viens-t'en vite dans l'étable regarder si y'a pas une toile pour voir si ça cause par chez nous. *
J’ai été pris hier d’une irrépressible
envie de vadrouille à la vue de quelquesphotos de l’ami Jeff. Une envie de
jeter un sac léger dans le coffre de la voiture, d’enquiller dare-dare les sept
ou huit cents kilomètres qui me séparent de cette belle Ardèche.
Mais las, il faut parfois
savoir raison garder.
Comme je regrette de ne
pouvoir y être, un des lieux où je me sens bien, un oubli total des
tracasseries quotidiennes, peut-être l’effet des montagnes, des eaux vives, de l'amitié de ceux qui me reçoivent à chaque fois ?
Ou autre chose ?
Je n’en sais rien.
Je ne cherche pas à savoir.
Juste savourer ces instants de
plénitude.
Il aurait juste suffit de tourner la clef de contact,
appuyer sur le bouton « On » de la radio et savourer ces quelques heures impatientes, délicieuses. Parcourir le long ruban noir rectiligne avant d'entamer les lacets. Des images gravées dans mon esprit depuis notre première rencontre. Love at first sight.
Des voix douces.
Regarder le paysage défiler. Un voyage intérieur. Flou.
Chaque vendredi ; enfin
presque chaque vendredi puisque j’ai décidé qu’il n’y aurait que quarante
rendez-vous ; je vais te proposer une expérience, une expérience née de la
fréquentation du travail de Lucien Suel sur son blog Silo.
Je laisse le soin à Lucien
d’expliquer de quoi il va retourner pendant quarante semaines :
« (Cut-Up
Ready-Made) est composé de 23 tweets consécutifs apparus dans ma Tweet List à
un moment donné, copiés collés en éliminant les avatars et noms des abonnés,
les liens et hashtags. Une expérience de twittérature mécanique. »
Cela fait un moment que
j’avais envie de m’y essayer. Juste comme ça, pour voir ce que cela pourrait
donner dans une autre timeline.
Un instant capturé. Une
collision de mots.
Un Instanta’Tweets
Une seule variante aux règles
écrites par Lucien, le nombre de tweets capturés dépendra de la somme des
chiffres de la date du jour.
10/07/2015
1+7+2+1+5=16
Seize tweets capturés à un
moment quelconque de la journée pour former un je ne sais quoi d’un peu
foutraque mais non dénué d’une certaine forme de poésie dans laquelle j’aime me
plonger.
La
Finance et son érection matinale. Balancés par un vent frais et léger, le linge
ondule lascivement. Le soleil projette sur un drap, des ombres de rêves
évanouis. Pub pour la Mer du Nord. Dans tous les jardins du monde il y a une
pierre vivante. Trouve-la ! Vive la liberté d'expression ! Tenter de mener sa
barque au delà de l'obscurité du quotidien vers le scintillement du phare pour
des jours meilleurs. Je m'en vais rejoindre le navire qui se livre à lui-même
pour affronter la nuit.... La langue française n’appartient pas qu’à Molière;
elle est aussi celle de Jérôme, Mamadou, Daphcar, Khadija,… Tiens... ça
merdouille encore flip. Pffff Alors s'imposer discipline d'écriture. Une heure
par jour, les mots du corps à l'écran. Finir ce roman. En car ? D'ailleurs, si
vous avez des envies de madeleines. Elles ont une tête bizarre les marguerites
à Nasushiobara au Japon. Ce combo Gilmour-SNCF m'a
laissée sans voix. J'ai d'un coup perdu tous mes repères. Je ne suis plus la
même. Décidément on trouve tout au supermarché. Variations autour de la lumière
en rais majeurs !
Je profite d’un petit moment
de répit pendant que l’ami @freecasababylon s’amuse à faire du teasing sur son blog pour te convier à rencontrer de vieilles connaissances.
Souviens-toi, 27 juin 2014.
Ils étaient déjà là. Ben ouais, parfois je tourne en boucle sur certains
morceaux.
« Vingt-deux kilomètres.
Hier soir.
Chemin du retour.
Vingt-deux kilomètres interminables. La
chaleur, une journée de boulot ponctuée de tracasseries qui, pour menues qu’elles
aient été, ne m’ont pas moins dézingué le moral.
Vingt-deux kilomètres.
La radio en sourdine, l’esprit qui
vagabonde paresseusement. La route qui s’étire. Des paysages trop connus comme
une autre fatigue. Une autre cigarette presque allumée au mégot de la
précédente.
Et ces feux tricolores de chantier ! A
peine le temps de laisser passer trois ou quatre voitures que le rouge est déjà
remis.... Misère.
Quatre notes !
Quatre notes magiques !
Monter le volume et sourire.
Et j’ai repensé à ces quelques billets
écrits à l’arrache pour la #radiodesblogueurs Des coups de cœur partagés plutôt
que mon véritable tube de l’été. Encore que plutôt « tube de l’été » il
conviendrait mieux d’écrire « album d’un été ».
Parler de l’album d’une vie serait peut-être
exagéré ? On verra....
1987
The Joshua Tree
Je me souviens de la claque immense reçue
cet après-midi là, propulsé instantanément sur une autre planète. Le rock
venait de changer d’époque, le début d’une exploration d’autres possibles.
Les quatre premières notes de « Where the
streets have no name », résonnent pour toujours, reconnaissables entre toutes.
Prélude à un bonheur sans cesse renouvelé. »
Je ne pouvais pas ne pas te
proposer ce titre une nouvelle fois, il me semble qu’il aurait manqué quelque
chose.
Ecoute et laisse toi happer
par la magie des cordes qui vibrent sous les doigts agiles de The Edge.